Tag: santé mentale

  • La contraction du travail : ce gain de vitesse, on va le payer en humains

    La contraction du travail : ce gain de vitesse, on va le payer en humains

    Il y a un an, monter une modélisation financière complexe avec un cabinet de conseil = 1 mois.

    Le même exercice, seul, aujourd’hui = 2-3 heures.

    Mais je termine ces 2-3 heures brûlé raide!

    Avant : une première rencontre. Quelques jours pour recevoir une première version du modèle. Mes commentaires. Quelques jours avant la prochaine rencontre. Une autre version, etc.

    Aujourd’hui, avec l’IA, j’ai retiré ces allers-retours.

    C’est ce que j’aime appeler la contraction du travail.

    Le travail ne disparaît pas par magie. C’est le temps entre les allers-retours qui disparaît. Le feedback loop, qui prenait des jours, se règle en quelques minutes.

    Sauf que je réalise une chose. Le cabinet n’était pas lent. Ce temps d’attente, c’était également mon temps de réflexion. Le moment où l’idée mûrissait pendant que je faisais autre chose.

    Là, toute la réflexion d’un mois est compressée dans un après-midi. Mon cerveau n’a jamais le temps de prendre une pause, pour prendre du recul.

    Une étude de BCG auprès de près de 1 500 travailleurs donne même un nom à ça : le « AI brain fry ». Une fatigue mentale à force de superviser l’IA…

    Ce que je tente de faire de plus en plus, c’est de terminer ce genre de bloc de travail, puis de le mettre de côté. Je le laisse reposer au moins une nuit avant d’y revenir et de continuer.

    Je réintroduis, ironiquement, une portion du délai que l’outil vient d’effacer.

    En ce moment, plein d’organisations se demandent comment réorganiser le travail avec l’IA. Si la réponse, c’est juste de le contracter, sans donner aux gens des mécanismes pour s’adapter, à long terme, je crois qu’on s’en va dans un mur…

    Ce gain de vitesse, on va le payer en humains.

    Publié d’abord sur LinkedIn. Image : Print Room, Pixabay.

  • Littératie technologique : le mythe du « digital native »

    Littératie technologique : le mythe du « digital native »

    On garroche des devices aux enfants en supposant qu’ils savent quoi en faire.

    Spoiler : ben non! Et la plupart des parents ne savent pas non plus.

    Le mythe du « digital native » qui maîtrise la tech parce qu’il est né dedans, c’est justement ça, un mythe. On confond utiliser avec comprendre et consommer avec maîtriser. Pendant ce temps-là, on n’a pas enseigné les bases. On a accumulé une dette de littératie technologique tranquillement, sans trop s’en rendre compte. L’humain est lent par rapport à la technologie…

    Quand on parle de littératie tech, on pense souvent à la sécurité. C’est légitime : avec l’IA, les fraudes sont de plus en plus sophistiquées et difficiles à détecter. Ça va juste empirer dans les prochains mois.

    Mais l’angle qu’on oublie presque toujours, c’est le savoir-être avec la technologie.

    Comment apprend-on à vivre avec elle de façon saine? Comment développe-t-on une relation intentionnelle avec des outils méticuleusement conçus pour capturer notre attention le plus longtemps possible?

    On jase là, mais on donne à des enfants des vortex attentionnels, des machines à dopamine optimisées par des milliers d’ingénieurs et de spécialistes adultes. Ensuite, on s’étonne que le temps d’écran soit si difficile à gérer.

    Les ados passent en moyenne 8 h par jour sur un appareil (données d’un centre de recherche au Québec). Et ça, c’est ceux en sport-études. Imaginez les autres!

    Ce n’est pas un jugement sur les parents, ni sur les profs. C’est un constat de société : on n’a pas capté ça assez rapidement, et on n’a pas dédié les ressources nécessaires. Je l’ai mentionné plus haut, l’humain est lent, mais là, il faut agir.

    On enseigne un paquet de matières à l’école et la littératie technologique devrait en faire partie. Pour moi, il s’agit d’une coresponsabilité avec les parents, sauf que comment enseigner quelque chose qu’on ne maîtrise pas soi-même? L’impact sur le développement, la santé mentale et la concentration des jeunes (et des adultes), c’est réel et c’est maintenant.

    Bref, ce n’est pas un sujet de recherche à planifier dans 5 ans, les données sont déjà là. C’est une urgence et il faut vraiment emboîter le pas en ce sens.

    Publié d’abord sur LinkedIn. Photo : John, Unsplash.